1. Qu'est-ce le MOM?

Le “Media Ownership Monitor” (MOM) a été développé comme une cartographie afin de créer une base de données des propriétaires de tous les médias pertinents (presse écrite, radio, télévision et presse en ligne). La base de données des propriétaires est accessible publiquement et est mise à jour régulièrement.

Le but du MOM est d'évaluer les risques qu’encoure le pluralisme des médias à cause de la concentration de la propriété (pour plus d’informations, voir la méthodologie). Afin de mieux comprendre les caractéristiques nationales et de détecter les facteurs qui réduisent ou augmentent les risques de la concentration, le MOM fournit également une contextualisation et une analyse qualitative, en évaluant les spécificités de marché et le cadre légal.

2. Qui est derrière le MOM?

MOM a été proposé et lancé par Reporter ohne Grenzen e. V. – la section allemande de l’organisation internationale de droits de l’Homme Reporters sans frontières (RSF), qui défend les droits de l’Homme et en particulier la liberté de la presse, le droit d’informer et d’être informé partout dans le monde. Dans chaque pays, RSF travaille en coopération avec un partenaire local. En Tunisie, Reporters sans frontières travaille en coopération avec Al Khatt. Le projet est financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ).

3. Pourquoi la transparence de la propriété des médias est-elle importante?

Le pluralisme des médias est un pilier clé des sociétés démocratiques. L'existence de médias divers, indépendants et libres reflète des opinions et des avis divergents et permet la critique des gens au pouvoir. La concentration du marché médiatique est un risque pour la diversité des opinions, car seuls quelques individus dominent l'opinion publique empêchant d’autres acteurs et opinions de s'exprimer (concentration de la propriété des médias). Le défi le plus important est de pallier au manque de transparence sur la propriété des médias. Comment les gens peuvent-ils évaluer la fiabilité de l’information s’ils ignorent qui la diffuse? Comment les journalistes peuvent-ils correctement travailler s’ils ignorent qui contrôle l’entreprise pour laquelle ils travaillent? Et comment les autorités des médias peuvent-elles réguler la concentration excessive des médias, s’ils ignorent qui les gère ?

Par conséquent, MOM a pour but de renforcer la transparence et de répondre à la question « qui contrôle le contenu des médias? » Le MOM vise à susciter une prise de conscience collective quant aux risques que présentent une concentration de la propriété des médias, et à appuyer la demande de transparence émise à l'encontre des acteurs politiques et économiques.

4. Quel type de contrôle de la concentration est-ce que le MOM suggère?

Le MOM n'émet pas de recommandations normatives - il ne propose pas comment contrôler la propriété des médias. La forme de contrôle de la concentration des médias dépend du contexte du pays, de la législation existante, des conditions du marché et de la sphère des propriétaires.

Le MOM procure un outil de transparence pour renforcer le débat démocratique sur ces problématiques, de même que la bonne gouvernance: Les décisions sont susceptibles d'être meilleures et de mieux refléter les besoins et les attentes des citoyens s'ils ont accès aux informations adéquates et participent aux consultations avec des points de vue et des opinions librement partagées. 

5. Comment les données ont-elles été collectées?

Nous avons préféré nous appuyer sur des sources officielles de données, et/ou de sources avec un niveau élevé de fiabilité et de confiance.

Lorsque ces données étaient indisponibles, nous avons contacté de manière proactive les sociétés et les acteurs publics, afin de leur donner la possibilité de fournir des données valides.

Principalement, nous avons utilisé les données suivantes:

•       Données fournies par les organismes médiatiques

•       Données disponibles sur le Registre du Commerce

•       Données disponibles sur le JORT

•       Données de l’institut national des statistiques

•       Données de l’ONT

•       Données de l’instance nationale de télécommunication

•       Données de la HAICA

•       Données fournies par la Présidence du Gouvernement

•       Données de l’enquête Media Use in the Middle East 2015  par NorthwesternUniversity in Qatar

Afin d’assurer la pertinence de l’analyse et des résultats, et pour prendre des décisions dans les cas difficiles (par exemple en ce qui concerne les chiffres d’audience), l’équipe a consulté un Conseil Consultatif. D’autres représentants et experts du domaine des médias ont partagé leur expertise pour soutenir la recherche.

Les membres du Conseil Consultatif incluent:

•       Yasmine Kacha, RSF Tunisie

•       Ons Ben Abdelkarim, Al Bawsala

•       JazemHalioui, Web Radar

•       Hamida El Bour, TAP

•       Larbi Chouikha, Professeur

•       Inès Bel Aiba et Guillaume Klein, AFP

•       Ziad Dobban, SNJT

•       MouhebGaroui, IWatch Organisation

En plus des représentants des médias qui ont répondu favorablement à la demande d’entretien, les personnes suivantes ont partagé leur expertise:

·       Nouri Lajmi, Hichem Snoussi & Habib Belaid, HAICA

·       Elouaer Lamjed,ONT

·       Kamal Labidi, ex-Président de l’INRIC

·       Dhafer Neji & Sonia Memmich, Présidence du Gouvernement

·       Abdelkrim Hizaoui, Professeur IPSI

·       Hichem Guerfali, C3

·       Hana Cherif, MediaScan

·       Amenallah Ayari, Ipsos

·       Taïeb Zahar, FTDJ

·       Saloua Ghazouani Oueslati, Article 19

·       Mongi Khadhraoui, Journaliste de Dar Anouar

·       Lamia El Kateb, Registre de Commerce

·       Neji Bghouri, Fahem Boukadous, SNJT

Les références sont disponibles sur demande auprès d'Al Khatt.

6. Quels sont les médias les plus importants?

La question principale est : quels médias influencent le processus de formation de l’opinion publique? Nous avons inclus tous les types de médias traditionnels (presse écrite, radio, télévision et presse en ligne).

Les médias ont été choisis à partir des critères suivants:

•       Le MOM se focalise sur les médias ayant la plus grande portée, mesurée en termes de part d’audience/lectorat. 10 médias par type maximum (presse écrite, radio, télévision et presse en ligne) ont été choisis.

•       Les actualités et l’opinion. La recherche se focalise sur les médias d’actualités et de l’information générale avec une portée nationale. Les médias se focalisant sur des thématiques spécifiques (sport, musique etc.) ainsi que les réseaux sociaux, les sites de recherche, de divertissement etc. ont été exclus. 

7. Comment les médias ont-ils été choisis?

Les 40 médias auraient dû être choisis à partir des chiffres d’audience. Obtenir des chiffres d’audience fiables pose cependant plusieurs problèmes en Tunisie (voir données sur l’audience). Néanmoins, l’équipe a été obligée de choisir 40 médias en se basant sur ces chiffres. Une source différente été utilisée pour chaque type de média, suivant les disponibilités et afin de diversifier les sources. La liste des 40 médias sera mise à jour une fois que des données réellement fiables seront disponibles.

TV

Les chiffres d’audience pour les chaînes de télévision se basent sur Ipsos ; ce sont des chiffres d’avril 2016. Ces chiffres ont été choisis en tenant compte du fait qu’Ipsos travaille à l’échelle nationale et ne semble pas avoir de conflits d’intérêts (contrairement à d’autres instituts de sondages)

Source : Ipsos (2016), TV Viewership in Tunisia 2016

RADIO

•       Le choix des stations de radio se base sur les chiffres d’audience de Sigma Conseil. Sigma Conseil a été choisi, étant le seul institut de recherche qui fait un sondage sur tout le territoire de la Tunisie (contrairement à MediaScan qui se focalise sur Tunis, Sousse et Sfax). Comme la plupart des radios sont uniquement diffusées dans certaines régions et que l’audience varie extrêmement suivant ces régions, un sondage qui couvre toute le territoire était nécessaire. La moyenne du part d’écoute de l’année dernière (avril 2015 à mars 2016) a été calculée pour déterminer les 10 stations les plus écoutées. Le mois de Ramadan (juin/juillet) est exclu en raison du manque de chiffres, et des habitudes qui changent. Diwan FM a été inclus en plus, du fait que certains de leurs actionnaires étant communs avec d’autres radios dans l’analyse.

Source: Sigma Conseil (2016/2015). Moyenne des chiffres janvier, février, mars 2016 ; avril, mai, août, septembre, octobre, novembre, décembre 2015 disponible à:

www.e-sigmaconseil.com/mars/mars.html

www.e-sigmaconseil.com/sigmagfev/sigmagfev.html

https://de.scribd.com/doc/298113358/Sigmag-tunisie-Janvier-2016

https://issuu.com/prosdelacom/docs/sig_mag_tunisie_decembre_2015

www.sigma.tn/Fr/actualites_7_10_D42

PRESSE ÉCRITE

Les journaux de presse écrite ont été choisis se basant sur:

•       la périodicité de publication. Ce sont uniquement des quotidiens et des hebdomadaires se focalisant sur l’actualité qui ont été choisis.

•       les derniers chiffres de lectorat disponibles. Les seuls chiffres que l’équipe a pu obtenir sont les chiffres de lectorat de 2015 de MediaScan.

•       l’équipe a constaté un manque des chiffres fiables sur le tirage et la vente des journaux. Malgré l’obligation légale de publication des chiffres de tirage, les journaux ne le font pas. Aucun institut ou organisme de presse ne détient des chiffres exacts sur le tirage et la vente des journaux. Ce sont seulement les instituts de sondage qui font des études de lectorat, des études qui se basent sur les déclarations de la population. 

Presse en ligne

Les sites web ont été choisis sur les critères suivants:

•       leur position dans le classement sur Alexa.com le 17 mai 2016, n’ayant pas d’autres chiffres disponibles. Un site supplémentaire a été inclus pour montrer la problématique d’Alexa. En juin 2016, l’un des 10 sites n’était plus dans le classement, ayant arrêté son abonnement. Ces chiffres sont maintenant estimés. Un autre site qui a commencé son abonnement à ce moment là est par contre entré dans le classement (voir données sur l’audience).

•       être un site tunisien pertinent pour l’actualité. Par conséquent, les sites de divertissement, du gouvernement etc. ont été exclus.

•       Le conseil consultatif a débattu l’inclusion du site « tunigate.net » étant donné sa faible visibilité dans le paysage médiatique. Le site a été inclus, figurant parmi les premiers 10 sites d’Alexa. 

8. Pourquoi le choix de la Tunisie?


Le paysage médiatique est en pleine transformation depuis la révolution de 2011. Des nouveaux décrets/lois traitent les questions de transparence et de la concentration de la propriété; des nouvelles instances de régulation ont été créées (la HAICA) ou sont en discussion (Conseil de la Presse); des nouveaux médias ont reçus des licences et d’autres ont été confisqué par l’État. La liberté de la presse s’est améliorée pendant les dernières années. En 2016, la Tunisie occupe la 96ème place du classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters Sans Frontières, en comparaison avec la 134ème place en 2011-12.

En même temps, des défis importants persistent pour la liberté et la diversité de la presse. En pleine période de transformation, le MOM permet une analyse détaillée par rapport à la concentration et la propriété, permettant de proposer et pousser des réformes qui assurent une vraie diversité des médias.

9. Le MOM est-il uniquement disponible pour la Tunisie?

Le MOM se base sur une méthodologie générique qui peut être appliquée universellement. La phase pilote en 2015 a été menée en Colombie et au Cambodge. En 2016, le projet est mené parallèlement en Mongolie, au Pérou, en Philippines, en Turquie et en Ukraine. 

10. Quelles sont les limites de l’étude?

•       Pas de chiffres fiables sur l’audience: Les chiffres d’audience disponibles sont fortement contestés (voir données sur l’audience).Pour cela, ces chiffres ont été utilisés uniquement pour le choix des 40 médias, et pas pour le calcul des indicateurs. Le manque des chiffres fiables est un risque pour assurer un marché médiatique diversifié.

•       Pas de chiffres économiques : Il n’existe pas de chiffres exacts sur le marché économique. Seuls quelques médias ont partagé leurs données financières qui sont publiées sur leurs profils. Les seules données sur la publicité sont issues des instituts des sondages, mais ils sont exagérés.

•       Données contradictoires: Il est difficile d’obtenir des données exactes sur le nombre de médias existant en Tunisie. Les différents sources (ONT, rapport du Président de la République) ne sont pas cohérentes.

•       Données pas mises à jour: Il est impossible de savoir si les données disponibles sur le registre de commerce sont mises à jour. Tout d’abord parce que le registre de commerce n’est pas en mesure de faire le suivi avec toutes les sociétés pour assurer qu’ils déclarent tous les changements. Ensuite, les tribunaux ne transfèrent pas tous les documents au registre de commerce, même s’ils sont obligés de le faire.

11. Quelle est notre cible?

Cette base de données:

•       permet aux citoyens et toute autre personne intéressée de s’informer sur le système médiatique en Tunisie et de connaître les propriétaires des médias qu’ils consultent. Elle permet aussi une prise de conscience vis-à-vis de l’importance de la propriété et la transparence.

•       crée une base de données et évoque les problématiques en lien avec la diversité et de la transparence du secteur médiatique tunisien, qui peut servir aux organisations de la société civile dans leur lobbying, au gouvernement pour renforcer la diversité et à la HAICA, ainsi que des organes de régulations futurs à mieux accomplir leurs mandats. 

12. Y a t-il une prochaine étape?

Oui, la base de données présente l’état de lieu actuel des médias en Tunisie. Cette base sera mise à jour régulièrement par Al Khatt. Le projet espère susciter un débat et des changements, en particulier sur les sujets suivants :

-        la transparence des médias

-        les chiffres d’audience

-        la vente des médias confisqués

-        la situation économique

-        les affiliations politiques

Après la mise en œuvre du projet dans d’autres pays, un classement mondial sera établi, similaire au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières. 

13. Y-a-t-il des projets similaires?

•       Le Centre pour le pluralisme des médias et la liberté des médias (CMPF) à l'Institut Universitaire Européen (EUI, Florence) met en œuvre le “Media Pluralism Monitor” (MPM).Le projet, financé par l’UE, identifie les risques pour le pluralisme en se basant sur plusieurs indicateurs, qui incluent des aspects légaux, économiques et socio-culturels. La concentration de la propriété n’est qu’une des six dimensions. Il analyse le risque pour le pluralisme des médias dans les pays membres de l’UE.

•       Mediapedia

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  •  
    Reporters without borders
  • Funded by
    BMZ