Affiliations politiques

La propriété des chaînes de télévision très "politisée"

En tant que support qui génère le plus d'audience en Tunisie, la télévision suscite particulièrement la convoitise de groupes ou personnalités politiques, alors même que l'instance de régulation (HAICA) interdit le cumul entre responsabilité politique et propriété d'un média audiovisuel. La majorité des chaînes de télévision analysées pour cette étude (6 sur 10) a effectivement un lien direct ou indirect avec un parti ou une personnalité politique. Nebil Karoui, le fondateur et ancien PDG de Nessma TV, fait à présent partie des instances dirigeantes du parti Nidaa Tounes. Larbi Nasra, fondateur d'Hannibal TV, la première chaîne de télévision privée tunisienne, a revendu ses parts avant de se lancer en politique. Il a créé un parti politique et s'est présenté à l'élection présidentielle de 2014.

La chaîne de télévision Al Hiwar Ettounsi a également une histoire étroitement liée à la politique. Elle a été créée sous l'ancien régime par Tahar Ben Hassine, ancien opposant à Ben Ali qui a ensuite intégré le parti Nidaa Tounes. En parallèle, la chaîne Ettounsiya de Sami Fehri, ancien associé d'un membre du clan Ben Ali, est convoitée par une autre personnalité politique, l'homme d'affaires et président de l'UPL, Slim Riahi. C'est au milieu de cet imbruglio politico-médiatique que les deux chaînes fusionnent, après que Tahar Ben Hassine a vendu ses parts à la femme de Sami Fehri. 

D'un autre côté, des chaînes lancées par des proches ou des sympathisants des islamistes voient le jour après la révolution. Zitouna TV puis Zitouna Hidaya sont ainsi lancées par Oussama Ben Salem, un cadre du parti Ennahdha, avant que ce dernier ne revende ses parts pour s'adapter aux exigences de la HAICA. Le cas de Janoubiya TV peut également être cité puisque son actuel propriétaire, l'homme d'affaires Mohamed Ayachi Ajroudi, ne cache pas ses ambitions politiques.

On ne retrouve pas un même niveau d'affiliations politiques pour les propriétaires de stations de radio privées qui intéressent davantage les hommes d'affaires.

L'interdiction de cumuler les responsabilités politiques et la propriété d'un média ne s'applique pas à la presse écrite ou aux médias en ligne, mais rares sont les propriétaires de ces médias qui affichent clairement une éventuelle affiliation partisane. Le seul média en ligne avec un lien évident est Al Jarida, dont le rédacteur en chef travaille pour la présidence du Gouvernement et le propriétaire pour le président de la République. 

Les affiliations politiques dans la couverture médiatique

La HAICA a mis en place des règles relatives aux périodes de campagne électorale, interdisant la propagande et la publicité politique. L’instance veille au respect de ces règles et a publié un rapport sur la couverture des élections en 2014. Le rapport montre que les affiliations politiques sont évidentes pour plusieurs chaînes de télévision.

Concernant la campagne pour les élections législatives, la HAICA a estimé que la polarisation politique en faveur du Mouvement Ennahdha était flagrante lors de la couverture médiatique de Zitouna TV. Chez Al Moutawasset (M Tunisia), Telvza TV, Hannibal TV ou encore Tounesna TV, on constate également un traitement déséquilibré. D’autres chaînes et stations de radio ont également proposé un contenu déséquilibré mais sans orientation politique identifiable.

Pour le second tour de la campagne présidentielle, la HAICA a constaté que Zitouna TV, Al Moutawasset (M Tunisia) et TNN soutenaient l'ancien président Moncef Marzouki alors que Nessma TV et Al Hiwar Ettounsi préféraient Béji Caïd Essebsi, vainqueur des élections. L'instance fait le même constat pour les stations de radio et a estimé que Saraha FM soutenait le président sortant, tandis que Cap FM, Mosaique FM, Express FM et  Jawhara FM étaient derrière l'actuel chef de l'Etat.

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