Presse en ligne

Avec une moyenne de 29h par semaine, les Tunisiens passent plus de temps à surfer sur le net qu'à regarder la télévision (26h), écouter la radio (15h) ou lire le journal (3h). Cependant, en terme de source d'information, l'internet passe derrière la télévision et la radio, mais devance une presse écrite en perte de vitesse. En 2016, 46% des Tunisiens utilisent internet, contre seulement 13% en 2006. Le pays bénéficie d'une infrastructure relativement développée, avec un taux de pénétration de la data mobile qui s'élève à 63,7%, en février 2016, même si seuls 16,2% des Tunisiens ont un accès à une connexion fixe résidentielle.

En plus d'un taux de pénétration en constante augmentation, l'essor des réseaux sociaux a permis aux médias en ligne d'accroître leur visibilité. Ainsi, pour les sites étudiés, en moyenne 30% du trafic est généré par Facebook (estimation d'Alexa) qui est utilisé par 34% de la population tunisienne, soit une grande majorité des utilisateurs du net.

Diversité

Parmi les médias en ligne analysés pour cette recherche, aucun n'est la propriété de l'Etat, contrairement aux médias traditionnels (télévision, radio et presse écrite) où les médias publics sont toujours représentés. Les médias publics peinent donc à prendre le tournant du numérique et à s'adapter aux nouvelles technologies.

L'étude démontre par contre que les sites d'information qui fonctionnent le mieux sont ceux des médias traditionnels privés. Trois sites de radio, deux liés à des journaux et le site d'une télévision figurent parmi les médias en ligne les plus consultés.

Ne souffrant d'aucune réglementation et nécessitant un faible investissement comparé aux autres supports médiatiques, les sites d'information en ligne ont connu une forte augmentation après la révolution. Parmi la cinquantaine de médias en ligne les plus consultés entre 2015 et 2016 (selon les classements consolidés d'Alexa pendant cette période), plus de la moitié a vu le jour après la chute du régime de Ben Ali.

Les médias en ligne sous Ben Ali

Avec l'essor de l'internet dans les années 2000, le régime de Ben Ali a développé un large système de censure des sites, blogs ou pages sur les réseaux sociaux, considérés comme critiques envers le pouvoir en place. Le blog collectif "Nawaat" lancé en 2004, était en ce sens inaccessible en Tunisie et le blogueur Zouheir Yahyaoui est décédé quelque temps après avoir été emprisonné, sa santé s'étant détériorée lors de son séjour en prison. Après les révoltes du bassin minier en 2008, qui ont été violemment réprimées, la censure s'est élargie à des sites comme Youtube ou Dailymotion, qui avaient été un support de diffusion de vidéos compromettantes pour le régime. Les internautes tunisiens utilisaient alors des proxys pour pouvoir contourner cette censure.

Les journaux électroniques autorisés étaient majoritairement les sites de médias traditionnels (comme Mosaïque FM,  Nessma TV ou encore le site de l'agence de presse TAP) déjà existants. Les pure players ayant ensuite vu le jour contournaient les risques de censure en se spécialisant dans des domaines moins sensibles que la politique. Des médias à vocation économique (Business News, Kapitalis, Web Manager Center, etc.) ou spécialisés dans les nouvelles technologies (Tekiano) ont ainsi vu le jour.

Les médias en ligne après la révolution

La libération de l'expression après la révolution, l'absence de réglementation et les coûts relativement réduits ont permis la prolifération des sites d'information en ligne. La presse électronique est à présent reconnue dans le décret-loi 115 du 2 novembre 2011.

Mais aucune réglementation ne définit clairement ce qu'est un média en ligne et le nombre croissant de sites "d'information" donne accès à une quantité très importante de contenus plus ou moins fiables.

Des audiences volatiles et difficilement calculables

Selon la rapidité, la quantité et le contenu plus ou moins viral des publications, l'audience des médias en ligne reste instable et les statistiques fournies par le site Alexa ne sont pas très fiables. Cela a un impact certain sur la mesure des tarifs et de la vente des espace publicitaires en ligne.

Si la consommation des informations en ligne dépasse celle de la presse écrite, la part de marché dans le secteur est encore très faible (estimations Sigma). L'idée d'un Conseil de la presse est défendue par la Fédération des directeurs de journaux et le Syndicat national des journalistes tunisiens. Il aurait notamment pour prérogative de donner un avis sur la distribution de la publicité publique, 

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