Presse écrite

La presse écrite est le type de média le moins consulté en Tunisie. 38 % des Tunisiens jugent que les informations diffusées dans la presse écrite sont fiables et 76 % de ces lecteurs consultent des journaux en langue arabe. Selon des estimations, environ 50 journaux existent et quelques 100.000 exemplaires sont vendus chaque jour.

Diversité

Dans les 10 journaux analysés pour cette recherche, 3 sont sous l’administration de l’état, à travers la SNIPE et Dar Assabah, une entreprise privée qui a été confisquée par l’État en 2011; 2 appartiennent à la maison de Dar Anwar, et 1 à une organisation patronale . Pour la plupart, les propriétaires des journaux sont des entreprises familiales, qui ne semblent pas être actives dans d'autres domaines, hormis l’impression de journaux. Contrairement à l’audiovisuel, la presse partisane est permise. Le parti islamiste Ennahdha possède par exemple l'hebdomadaire Al Fajr, et le parti des travailleurs possède de son coté, l'hebdomadaire Sawt Chaab.

La presse écrite sous Ben Ali

Sous l'ancien régime, les journaux étaient censurés et plusieurs responsables ont été emprisonnés ou menacés. Les journaux d'opposition existaient, contrairement au domaine de l'audiovisuel, mais étaient très marginalisés.

En plus de la censure directe, l’État exerçait un contrôle à travers l'Agence Tunisienne de Communication Extérieure (ATCE), qui était un instrument de propagande : l'ATCE avait le monopole de la distribution de la publicité publique, qui était utilisée pour influencer les lignes éditoriales et les contenus rédactionnels. La direction des affaires politiques au ministère de l'Intérieur avait pour mission de contrôler tous les contenus rédactionnels avant leur diffusion, en plus  de rédiger des rapports sur le fonctionnement des médias et le comportement de quelques journalistes indépendants. Elle était la seule institution apte à délivrer le fameux récépissé relatif à l'autorisation de diffusion des journaux.

Quels changements y a-t-il eu depuis la Révolution ?

Après la Révolution de 2011, le secteur de la presse écrite a évolué. De nouveaux journaux ont été créés, atteignant un pic de 228 périodiques. Mais par la suite, un tri s'est opéré et de nombreux titres ont disparu en raison d'un manque de financement ou de liens avec l'ancien régime. Actuellement, on estime leur nombre à environ 50 journaux, une baisse considérable depuis la Révolution.

Depuis la disparition du ministère de l'Information, il n'y a plus d'organe de régulation de la presse et il n'existe pas réellement de chiffres fiables sur  le nombre, la vente et la distribution des journaux. Les chiffres des tirages sont notamment gonflés pour attirer les annonceurs. Autre changement post-révolutionnaire : un journal n'a plus besoin d'une autorisation de publication, une simple déclaration auprès du Tribunal de première instance suffit. Pour améliorer les conditions du secteur de la presse écrite, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), la Fédération tunisienne des Directeurs de journaux (FDTJ) et la Ligue tunisienne des Droits de l'Homme (LTDH) veulent mettre en place un Conseil de la presse, dont le but annoncé serait le respect de la déontologie journalistique, mais qui aurait également comme prérogatives de donner son avis sur l'aide publique, comme la publicité et les abonnements. 

La crise financière de la presse écrite

Le domaine de la presse fait face à une importante crise financière. Les principales sources de financement sont les recettes publicitaires et les ventes de journaux. Or, la presse écrite connaît une forte réduction du nombre de ses lecteurs, une baisse des revenus publicitaires et l'annulation du système d'abonnements de l'Etat en 2012, des difficultés auxquelles s'ajoute une concurrence accrue causée par l'augmentation du nombre de médias électroniques. Les journaux cumulent ainsi une dette auprès de la sécurité sociale (CNSS) estimée à 8 millions de dinars, et certains journalistes font face à une situation financière précaire, étant souvent payés en retard ou sous-payés. L'absence de régulation de la distribution de publicités publiques reste donc un problème préoccupant pour de nombreux directeurs de journaux. Ce discours est nuancé par certains universitaires qui pointent également du doigt l'aspect qualitatif, souvent en-deçà des normes journalistiques, de certaines publications, ainsi que la nécessité d'accroître son lectorat pour pouvoir prétendre à l'octroi de la publicité publique. A ce jour, il n'existe donc plus de contrôle sur la distribution de la publicité, en attendant la création d'un nouvel organe.  

Références

BBC Media Action (2014), After the Revolution: Libyan and Tunisian Media through the people’s eyes 

A. Hizaoui, entretien, avril 29, 2016

INRIC (2012), Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication: Rapport Général 

A. Khochtali & H. Ghribi (Dar Assabah), entretien, mai 9, 2016

D. Neji (Présidence du Gouvernement), entretien, mai 18, 2016

Northwestern University in Qatar (2015), Media Use in the Middle East 2015 

B.Tayaa (SNIPE), entretien, avril 21, 2016

UNESCO (2012), Assessment of Media Development in Tunisia 

T. Zahar (FTDJ), entretien, mai 5, 2016

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